Démocratie ou Barbarie

L'attaque du XXème convoi

Monuments commémoratifs de l’attaque du XXe convoi - Boortmeerbeek


Adresse : Gare de Boortmeerbeek

                 3190-Boortmeerbeek

Dates : 1993 et 2005

Contexte historique

Fait unique de l'histoire de la déportation des Juifs dans l'Europe nazie : le 19 avril 1943, trois résistants arrêtent le XXe Convoi de 1631 déportés. Avant la frontière, 231 s'évadent du train : 205 retrouveront la liberté , 26 y laisseront leur vie -en hommes libres[1]

Coïncidence, c’est aussi le jour où le ghetto de Varsovie se soulève. En Belgique comme en Pologne, beaucoup parmi les Juifs sont conscients que la déportation signifie la mort. C’est pourquoi, dans le camp de rassemblement de Malines, de petits groupes préparent leur évasion. Le 19 avril 1943, 1631 juifs dont 262 enfants, attendent leur déportation. Le plus âgé a 90 ans. La plus jeune détenue a vu le jour dans la caserne. Elle n'atteindra que 6 semaines de vie.

A l’extérieur, le Comité de Défense des Juifs, formé par Gert et Yvonne Jospa en septembre 1942, compte une trentaine de membres rien que dans sa “Section-Enfance”. Un unique but : sauver les enfants juifs. Ce comité imagine de provoquer un arrêt du train et de délivrer les déportés. Le Front de l’Indépendance, lui, estime qu’une telle action est vouée à l’échec. Ce sont les Milices Patriotiques qui passeront à l’action.

Le 19 avril 1943, le vingtième convoi  quitte la caserne Dossin  pour une « destination inconnue ». En fait, ce vingtième convoi quitte la Belgique à destination d'Auschwitz, avec à son bord 1 631 déportés juifs. Entre Boortmeerbeek et Haacht, à 23 heures 30 dans une courbe montante bordée d'un taillis, le jeune médecin bruxellois (25 ans), Youra Livchitz, avec deux amis d’école (l’Athénée d’Uccle), Robert Maistriau (21 ans) et Jean Franklemon (25 ans), s’attaquent au convoi arrêté par un fanal. Livchitz est armé d’un petit révolver procuré par des amis résistants du Groupe G. Les gardes, une quarantaine d’hommes de la “Schutzpolizei”, occupaient toujours jusqu'alors une voiture en queue du train. Mais le nombre de déportés est, cette fois, exceptionnellement élevé dans un train qui compte entre 30 et 35 wagons ; l’escorte est donc répartie dans deux voitures, une en queue de train et l’autre derrière le tender de la locomotive.

Là où ils réussissent à faire glisser la porte d'un wagon, Franklemon et Maistriau ne parviennent pas pour autant à convaincre les déportés de prendre le large; les responsables de l'ordre protestent, des voyageurs craignent un piège, d'autres sont trop vieux ou trop faibles. A ceux qui sont sortis (17), les garçons glissent dans la main quelques billets de cinquante francs en leur disant de disparaître au plus vite. Les gardes tirent. Des gens tombent, crient. Puis le convoi repart en soufflant, les trois sautent sur leur vélo et s'enfuient.

Cinquante kilomètres plus loin, alors que le train roule, d’autres déportés sautent par des ouvertures qu’ils ont pratiquées avec des outils volés dans la Caserne Dossin. Si 26 cadavres jonchent les rails, en tout, 231 fugitifs – un déporté sur 7 – ont trouvé le courage de s’enfuir. Dont Simon Gronowski, alors âgé de 11 ans, poussé hors du wagon par sa mère. Il racontera sa fuite 60 ans plus tard. Ce n’est pas un cas isolé, le convoi XVI, entre Malines et la frontière allemande, perdit 177 de ses 999 « passagers ». D’où l’utilisation des wagons à bestiaux lors du XXe.

Dorénavant, la déportation vers Auschwitz se fera en wagons à marchandises scellés et de jour. Auparavant, les Juifs partaient dans des voitures pour voyageurs de troisième classe; les portes étaient verrouillées de l'extérieur.

Arrêté quelques jours plus tard, Livchitz réussit à s’évader des locaux de l'Avenue Louise (le n°453 est le siège de la Gestapo), mais sera repris avec son frère en tentant de passer en Hollande. Il sera fusillé au Tir National le 17 février 1944 comme otage terroriste. Jean Franklemon, arrêté le 4 août 1943, survit à Sachsenhausen et Maistriau, pris le 21 mars 44, à Buchenwald et Bergen Belsen, où il sera libéré le 15 avril 1945. Il décèdera le 26 septembre 2008.

Description 

Le site de la gare de Boortmeerbeek comporte deux traces rappelant cet événement unique.

Une plaque commémorative purement informative est inaugurée le 16 mai 1993, lors du 50e anniversaire de l'attaque à Boortmeerbeek. La SNCB fournit et place gratuitement la base de la plaque (rails et traverses). On y trouve le texte suivant: « Sur cette ligne de chemin de fer, les nazis ont déporté 24 906 Juifs et 351 Tsiganes. 1205 ont survécu  / Fait unique  dans les annales de la déportation des Juifs pendant l’occupation de l’Europe par les nazis : le 19.4.1943, Jean Franklemon, Georges Livchitz et Robert Maistriau arrêtèrent, à cet endroit,  le 20ème convoi avec 1631 déportés. Avant d’atteindre la frontière, 231 déportés purent ainsi s’échapper du train, dont 205 retrouvèrent la liberté. Les 26 autres y laissèrent leur vie – en hommes libres ».

Un nouveau monument, délivrant un message symbolique et datant de 2005 porte : « Ami qui passe, honore ces mains qui d’un geste héroïque sauvèrent ceux que les forces du mal envoyaient en enfer ». Le sculpteur  gantois  Etienne Desmet a conçu un pilier sobre en acier corten. Les trois mains sur la colonne symbolisent la résistance, mais aussi l'espoir et la solidarité. Le monument se veut, outre le rappel d'un acte de résistance,  une protestation contre tous les génocides dans le monde.

Pour en savoir plus

W.UGEUX, Histoires de Résistants,  Duculot, 1979.

S. GRONOWSKI, L'enfant du 20e convoi, Nouvelle édition revue et corrigée, Luc Pire, 2005. Disponible sur : http://www.getuigen.be/Getuigenis/Gronowski-Simon/tkst.htm

L. SCHRAM et M. STEINBERG, Transport XX. Malines-Auschwitz, VUB-Musée juif de la Déportation et de la Résistance, 2008.

Pour les plus jeunes :

F. PIRART et S. GRONOWSKI, Simon, l'enfant du 20è convoi, Milan, Coll. Milan poche histoire  - 2008 Illustrateur : Philippe Munch. 

Photographies

- Plaque commémorative de 1993

- Nouveau monument de 2005

 

Notice extraite et adaptée à partir de: M. HERODE, M.-P. LABRIQUE et P. PLUMET,  Paroles de pierres. Traces d’histoire, Bruxelles, Racine-Démocratie ou barbarie, 2009, p. 72-73.

 


[1] Les chiffres cités ici, sont renseignés sur le monument et diffèrent de ceux fournis actuellement par Kazerne Dossin. On parle là, en effet, de 236 évadés, 26 tués, 90 personnes reprises plus tard et 120 qui ont définitivement gagné leur liberté.